1 décembre 2016

Le testing en ligne via les applications mobiles – mobile internet testing (MIT)

Depuis les 10 dernières années, Internet a changé non seulement le monde des affaires et la façon dont on communique, mais également l’ensemble de notre mode de vie. Aujourd’hui, dans le domaine de l’évaluation de potentiel, le testing en ligne est largement adopté par les organisations et il vise à tirer profit de la technologie tout en réduisant les coûts d’opération qui sont normalement associés à cette activité.  C’est pourquoi plusieurs chercheurs se sont penchés sur les questions relatives à ce mode d’administration. Par exemple, des méta-analyses sur le sujet ont trouvé peu de différences en comparant les scores obtenus par des tests complétés en mode papier crayon vs. ceux réalisés en ligne (Mead & Drasgow, 1993; Wang, Jiao, Young, Brooks & Olson, 2007; Wang, Jiao, Young, Brooks & Olson, 2008). Ensuite, plusieurs ont noté de faibles différences en comparant un mode d’administration de tests en ligne réalisés en milieu contrôlé vs. ceux sans supervision  (Do, Shepherd,& Drasgow, 2005; Templer & Lange, 2008; Delgado, Kung, & O’Connell, 2009).
Or, récemment, plusieurs organisations ont indiqué un fort intérêt envers la possibilité de tester leurs candidats par le biais d’une application mobile (tablette ou téléphone intelligent) – MIT pour mobile internet testing. À ce sujet, il est légitime de se questionner sur les différences obtenues entre le fait d’avoir complété un test sur une application mobile par rapport à l’administration d’un test à partir d’un ordinateur fixe. En effet, selon les Standards de l’Association américaine de psychologie (2014), il est primordial d’appuyer le fait que des résultats peuvent être interchangeables lorsque l’on introduit un nouveau mode d’administration et ils appellent à la prudence lors de l’interprétation de scores qui reflètent des modes d’administration différents. Dans cette perspective, établir l’équivalence entre les deux modes de fonctionnement est d’importance dans le cadre de processus d’évaluation de potentiel et de sélection de personnel où une personne pourrait choisir de compléter le test sur un ordinateur fixe alors que d’autres à partir d’une tablette ou d’un téléphone intelligent.
À cet égard, l’étude King et ses collègues (King, Ryan, Kantrowitz et al., 2015) est intéressante pour quiconque s’intéresse au sujet puisque cette dernière a démontré que les deux modes d’administration étaient équivalents lorsque l’outil administré prenait la forme d’un test de jugement situationnel. Par contre, même après avoir contrôlé pour la longueur des items, leurs conclusions sur l’équivalence entre les deux modes d’administration se sont avérées fort différentes lors de l’administration des tests d’habiletés cognitives. Par ailleurs, cette étude a également vérifié si certaines attitudes et différences individuelles pouvaient en retour influencer les réponses d’un individu, mais également ses réactions en fonction de chaque mode d’administration (MIT vs. ordinateur fixe). Or, de fortes corrélations ont été trouvées entre l’anxiété, la performance et les réactions d’un individu face à un test administré sur mobile. Finalement, les répondants ont reporté de meilleurs commentaires lorsqu’il devait compléter un test à partir d’un ordinateur fixe plutôt que sur mobile.  En effet, il semble que ces derniers croyaient davantage à leurs chances de bien performer lorsqu’ils étaient évalués à partir d’un ordinateur fixe.
Les implications pour la pratique en psychologie organisationnelle
Il est plausible de croire que les conclusions de cette étude font référence à un certain niveau de familiarité que les individus ont par rapport à un ordinateur fixe et qu’ils n’ont pas encore acquis par rapport au fait d’utiliser une application mobile. Si tel est le cas, ces réactions mitigées par rapport à un processus d’évaluation de potentiel via MIT pourraient se dissiper au fur et à mesure que les individus gagneront en expérience en complétant de plus en plus des évaluations via mobile. Cependant, il se pourrait aussi que ces différences dans les réactions des participants reflètent le fait qu’il s’agit d’habiletés motrices différentes qui sont mobilisées par le biais de l’un ou l’autre de ces deux modes. Finalement, comme Lee et ses collègues (2005) l’ont démontré, la majorité des individus utilisent leurs applications mobiles pour des raisons « passives », comme parcourir l’actualité, ou encore manière « active pour le plaisir » (jouer à des jeux) plutôt qu’à des faits utilitaires (comme le testing aux fins d’emploi). Dans le même sens, ils le feraient plus particulièrement dans des endroits publics, dans des contextes statiques sans interaction sociale, plutôt que dans le but de réaliser une tâche requérant une certaine attention soutenue.
Ainsi, d’un point de vue pratique pour la psychologie en milieu organisationnel, le testing en ligne via les applications mobiles ne représente peut-être pas « the next best thing » dans le domaine de l’évaluation de potentiel et la sélection du personnel.
Sabrina Poirier, Ph.D.
 
Pour lire l’article intégral :
King, D. D., Ryan, A. M., Kantrowitz, T., Grelle, D. et Dainis, A. (2015). Mobile Internet Testing: An analysis of equivalence, individual differences, and reactions. [Article] International Journal of Selection & Assessment, 23 (4), 382-394.