28 mars 2011

Personnalité et sécurité au travail

Vector boy slipping on wet floor

La sécurité, une question de personnalité?

La sécurité au travail est devenue une préoccupation majeure dans de nombreuses organisations. De nouvelles lois sont appliquées et de plus en plus de compagnies s’engagent à prendre des cours portant sur la santé et la sécurité au travail ce qui leur permet de promouvoir un milieu de travail sain et sécuritaire parmi leur personnel. Pourtant, chaque année, les blessures et les maladies liées au travail comptent pour près de 1,000 décès au Canada. De nombreux experts ont commencé à faire le lien entre ce genre d’incident et la personnalité. Découvrez comment la personnalité peut avoir un impact sur la sécurité en milieu de travail et comment les pratiques en matière de ressources humaines peuvent aider à réduire les incidents au sein d’organisations.

Personnalité et sécurité au travail

Tous les Canadiens ont le droit de travailler dans un environnement sécuritaire. Cependant, chaque année, les blessures en milieu de travail et les maladies découlant d’un emploi causent près de 1000 décès dans les entreprises et les organismes assujettis aux lois fédérales et provinciales (Ressources humaines et Développement des compétences Canada).

Aux Etats-Unis, les données compilées par le National Safety Council [Conseil National de Sécurité] montrent que les accidents en milieu de travail ont causé des pertes se chiffrant à 123 milliards de dollars en 1999. Ajoutons que ces données ne tiennent pas compte de certains facteurs tels que la baisse de moral, le coût à débourser pour former les employés qui remplaceront les travailleurs blessés et les familles, amis et collègues laissés dans le deuil par les travailleurs décédés.

Les accidents en milieu de travail ont également d’autres répercussions. En effet, selon Barling, Kelloway et Iverson (2003), les accidents en milieu de travail amènent les employés à perdre confiance dans les gestionnaires et à penser qu’ils n’ont pas d’influence au sein de l’entreprise. Ces deux éléments permettent, à leur tour, de prédire le mécontentement chez les employés, lequel se traduit par l’impression de ne pas pouvoir changer les choses (perceptions relatives à la pertinence du syndicat) ou l’intention de quitter l’entreprise.

Aux dires de tous, le premier élément expliquant les accidents en milieu de travail est la complaisance. C’est-à-dire, la croyance qu’un accident ou une blessure ne peut pas nous arriver à nous. Pourtant, les recherches dans le domaine tendent à montrer que 80 pour cent de tous les accidents et blessures en milieu de travail sont attribuables à l’erreur humaine. Trop souvent, les employés ne prêtent pas attention à leur environnement de travail. Ils en viennent à croire qu’ils ne sont pas responsables de leur propre sécurité et que les gestionnaires ne se préoccupent pas non plus de leur sécurité. Aussi, les employés agissement de plus en plus hâtivement et n’exécutent pas chacune des étapes qu’ils devraient  suivre. Ils sont davantage intéressés à s’assurer d’un bon rendement et à s’acquitter plus rapidement de leurs tâches qu’à  s’assurer d’exécuter leur travail de façon sécuritaire.

Quand il est question de maintenir l’excellence en matière de sécurité au travail, la sélection du personnel et sa formation s’avèrent des éléments fondamentaux. Lorsqu’un nouvel employé est embauché, la plupart des organisations veillent à bien lui enseigner la culture de l’organisation et les attentes relatives au rendement. Cependant, lors de l’orientation d’un nouvel employé,  la promotion de la sécurité n’est pas assez souvent abordée.

Depuis le début de la révolution industrielle, les organisations cherchent à améliorer constamment leurs pratiques préalables à l’embauche de nouveaux employés. Ainsi, les entreprises ont récemment inclus différentes vérifications à leur processus d’embauche : la vérification des antécédents (personnels, professionnels, criminels et financiers), du dossier de conduite, des compétences (connaissances, comportements, habiletés requises pour pouvoir exécuter certaines tâches) et des traits de personnalité (caractère,  tendances comportementales,  modèles de pensée et  attitude).

La personnalité d’une personne influence son comportement. Pourtant, la personnalité est souvent un élément absent du plan de sécurité. Les recherches démontrent que certains employés ont tendance à adopter des comportements non sécuritaires en milieu de travail en raison de leur insouciance, de leur témérité, de leur caractère rebelle ou pour d’autres raisons. Il va sans dire que ce genre de comportement vient augmenter le risque d’accidents. Avec des résultats d’une recherche portant sur les traits de personnalité et les accidents en milieu de travail, Hansen (1988) a conclu que les traits de personnalité tels que l’extraversion, l’impulsivité, l’agressivité, l’inadaptation sociale et certains aspects de la névrose sont associés aux accidents en milieu de travail. De plus, Hansen (1989) a également conclu que l’inadaptation sociale et l’inattention font partie des plus importantes causes d’accident.

En 2001, Cellar a noté une corrélation sérieuse entre les accidents en milieu de travail et certains traits de personnalité, tels qu’une personnalité non agréable et une tendance à faire fi des règles et règlements. Dans tous les cas, les résultats, découlant de tests psychométriques standardisés, valides et fiables, ont permis de prédire certains types d’accidents. Ces résultats ont subséquemment été confirmés dans une étude ultérieure, également menée par Cellar (2004).

En conclusion, il est généralement possible de relever certains traits de personnalité pouvant avoir une influence sur la santé et la sécurité au travail. Un des tests que nous utilisons, le TACT (Test d’approche et de comportement au travail), mesure de nombreuses variables citées dans la documentation spécialisée sur le sujet. À notre avis, il est donc possible de mener une étude préliminaire afin de relever certains traits indiquant un risque plus élevé en matière de santé et de sécurité au travail, chez les personnes candidates potentielles.

Nous savons que  le comportement risqué en milieu de travail n’est pas le seul élément dont on doit tenir compte puisque plusieurs autres éléments distincts façonnent le comprtement en général. Cependant, grâce à des outils valides d’évaluation de la personnalité, il est possible de réduire les risques.

Par: Larry Coutts

Références bibliographiques :

Barling, J., Kelloway, E. K., & Iverson, R. D. (2003). Accidental outcomes: Attitudinal consequences of workplace injuries. Journal of Occupational Health Psychology, 8(1), 74-85.

Cellar, D. F., Nelson, Z. C., Yorke, C. M., & Bauer, C. (2001). The five-factor model and safety in the workplace: Investigating the relationships between personality and accident involvement. Journal of Prevention & Intervention in the Community, 22 (1), 43-52.

Cellar, D.F., Yorke, C.M., Nelson, Z.C., & Carroll, K.A. (2004). Relationships between five factor personality variables, workplace accidents, and self-efficacy. Psychological Reports, 94(3), 1437-1441.

Hansen, C.P. (1988). Personality characteristics of the accident involved employee. Journal of Business and Psychology, 2(4), 346-365.

Hansen, C. P. (1989). A causal model of the relationship among accidents, biodata, personality, and cognitive factors. Journal of Applied Psychology, 74(1), 81-90.